Les Sabots Libert'Air

# 11 – L’EthoMagie, la fausse bonne idée !

L'Ethomagie, la fausse bonne idée !

/!\ Avant de commencer à lire je tiens à préciser quelques points afin d’éviter maints débats dans lesquels nous avons déjà mis beaucoup d’énergie afin d’étayer nos propos et notre position, mais qui n’ont jamais franchement porté leurs fruits. /!\

Dans un premier temps, puisque nous travaillons nos chevaux à pied et / ou en liberté, régulièrement, on nous demande si nous faisons de « l’éthologie », la réponse est non. Ce texte explique pourquoi nous préférons nous passer de ces méthodes qui s’apparentent, pour nous, à une recette de cuisine, et à un formatage qui ne correspond pas à notre volonté, recherche et valeurs.

Cet article croise donc différentes visions (énergétique, comportemental, locomotion, biologique…) qui étayent notre position.

Pour finir, cet article n’a pas pour mission de convaincre qui que ce soit, ni de porter un jugement sur qui que ce soit mais plutôt d’analyser, se servir d’exemple et d’exposer notre vision sur le sujet.

Les vidéos nous servent de support d’analyse, il n’est pas dans notre intention de critiquer l’homme, nous parlons d’observables comportementaux dû à une pratique.

L’énergie et la médecine chinoise, quelques bases.

L’énergie, comme nous l’avons expliqué ici, circule par le biais des méridiens qui parcourent le corps. Une mauvaise circulation, un blocage, un déséquilibre entraîne différents problèmes d’ordre physique, physiologique, locomoteur, psychologique, émotionnel …

Les méridiens sont donc chargés de faire circuler l’énergie dans notre corps et ainsi nourrir et apporter l’énergie nécessaire à nos organes et fonctions vitales.

Le Yin et le Yang

Nous connaissons tous ce fameux dessin qui illustre l’équilibre de la Vie. Souvent rapporté aux principes d’équilibre entre le « bien » et le « mal », il est surtout l’équilibre entre les énergies masculines (yang : activation, réchauffement, accélération) et les énergies féminines (Yin : inhibition, rafraîchissement, freinage, ralentissement).

Les deux sont indispensables et doivent être équilibrés pour assurer le bon fonctionnement de l’organisme. Ils sont interconnectés et en relation l’un l’autre comme une balance, ce qui est illustré dans le blanc dans le noir, et le noir dans le blanc.

Une relation d’échange

Pour que cet équilibre soit cohérent, chaque méridien est en parfaite relation avec les autres, s’influençant pour garder un équilibre.

En résumé, et pour faire simple, chaque méridien est rattaché à un organe, une émotion et un élément dans une relation à double échange.

En effet, tout ne va jamais que dans un sens unique.

Si l’énergie du foie est perturbée, on se sent en colère, irritable. De la même façon, dans une situation stressante, frustrante ou agressive, le foie va se retrouver impacté.

Chaque élément se nourrit d’un autre et en contrôle un autre, toujours dans le but de garder un équilibre de fonctionnement.

Cycle d’engendrement :

Le Bois nourrit le Feu, Le Feu nourrit la Terre, La Terre nourrit le Métal, Le Métal nourrit l’Eau, L’Eau nourrit le Bois


Cycle de contrôle :

Le Bois contrôle la Terre, La Terre contrôle l’Eau, L’Eau contrôle le Feu, Le Feu contrôle le Métal, Le Métal contrôle le Bois.

De ce fait, ce double système de contrôle permet de stabiliser les énergies des 5 organes et de ses viscères associées.

Les associations

Le Bois – Foie – Vésicule Biliaire : Aide à la digestion (des aliments, des évènements, émotions, expériences)

Le Feu – Coeur – Intestin Grêle : Trie le pur et l’impur, faire la part des choses, absorbe (aliments, évènements, émotions, expériences)

La Terre – Rate / Pancréas – Estomac : Reçoit les informations et tri les substances pour les rediriger, traite les émotions

Le Métal – Poumon – Gros Intestin : Transporte les déchets, évacuations

L’Eau – Reins – Vessie : Détoxifie, évacue les liquides impurs, gère l’énergie vitale

Chaque méridien passe par des endroits bien spécifique et le long de son circuit, il y a ce qu’on appelle des « points » qui permettent de savoir « où l’énergie stagne » et donnent des précisions sur le problème rencontré.

D'un point de vu énergétique

Prenons l’exemple du très célèbre licol corde, appelé aussi Licol Ethologique.

Son action est principalement située au niveau des méridiens de l’estomac (E) et de la vésicule biliaire (VB), ainsi que la muserolle situé sur le trajet du Vaisseau Gouverneur.

Les points des méridiens sont 4E (nœuds) et 20VB (nuque).

L’action des nœuds altère donc la qualité de digestion des informations (alimentation, évènements, émotions, expériences). Il en va de même sur l’action de la main du cavalier sur le mors lorsqu’il « tire et la ramène à lui ». (On peut tout aussi bien faire un lien avec la pratique du Rollkur).

Les actions sur la nuque (céder à la pression, cession de nuque dû à la main et non à la biomécanique du cheval – abdos, engagement) entrave quant à elle le cheval dans sa liberté d’action, sa prise de décision autonome.

L’action de la muserolle, plus elle est fine, plus l’action est amplifiée, agit sur le Vaisseau Gouverneur qui parcourt tout le rachis du cheval, lié à la direction également et la prise de décision autonome.

Savoureux mélange pour obtenir d’un cheval une soumission plutôt qu’une collaboration volontaire et consciente de sa proprioception.

D'un point de vu comportemental

Je vous propose de prendre deux supports vidéos d’un célèbre horsemanship et d’observer les réactions des chevaux d’un point de vu comportemental. (Je le répète, il n’est pas question de juger la personne, mais bien de relever de façon impartiale les observables, les comportements, les réponses des chevaux face aux demandes).

Je vois passer maintes demandes et sujets à propos de communication animale ou parlant des difficultés que le cavalier rencontre avec son cheval, alors qu’il suffit de les observer pour comprendre ce qu’ils nous disent et qu’on ne veut ou ne sait pas voir.

Première vidéo :

Dans cette vidéo, on y retrouve certains comportements qui montrent tensions, stress, fuites, gênes, méfiances …

Les défenses contre la pression se caractérisent ici bien souvent par un reculé avec les postérieurs écartés, le nez en l’air, fouaillement de queue, secouage de tête pour se soustraire à la pression… On le constate aisément aux minutes : 0:24, 1:22 à 1:36, 2:55, 4:06, 8:05, 8:42 …

Les moments de tension se manifestent par une encolure au dessus de l’horizontale. Admettons que nous mettions une échelle de tension : 0 à l’horizontal, -3 au sol +3 relevée au maximum, en général tout ce qui est comportement en tension l’encolure est au max en l’air donc +3.

Ce sont des comportements de défense et / ou de vigilance.

A 1:34, on a un parfait exemple d’un cheval acculé, encolure +3, bouche pincée, hanches abaissées, queue plaquée entre les postérieurs, clairement, il passe un sacré mauvais moment.

On voit à plusieurs reprises un mâchouillement à vide, donc la salivation qui revient après s’être bloquée : le cheval passe d’un système nerveux sympathique au système nerveux parasympathique. Vous pouvez vous dire qu’il se détend, mais cela veut nécessairement dire qu’il était tendu auparavant (4:29, 9:09). Tous les moments où la bouche est pincée, la mâchoire est crispée, signifie un état de stress, un fonctionnement en système nerveux sympathique, regardez attentivement la mâchoire et la bouche dans ces moments de défense cités au dessus …

Tous ces comportements de stress, défense, vigilance, agression font partie des fonctions de sauvegarde.

Au delà des fonctions de sauvegarde ne pouvant s’exprimer au vu des punitions positives (manchette, taquet…) et de la contention et de la pression énorme qu’ils subissent, nous trouvons les stades d’inhibition de l’action cohérente et l’inhibition totale de l’action.

La situation de stress mobilise l’axe HHA (hypothalamus / hypophyse / amygdo temporal). Il correspond à une « montée en puissance » de la production d’hydrocorticoïde (Hormone corticosurrénale, cortisol). C’est une projection immédiate dans le niveau le plus élevé des fonctions comportementales : LES FONCTIONS DE SAUVEGARDE. La solution terminale d’évacuation du stress est la fuite. Je rappelle au passage que c’est grâce à l’interactivité entre l’hippocampe et l’amygdale que les évènement liés à une réaction émotionnelle s’inscrivent plus facilement et durablement dans la mémoire. L’amygdale étant en charge de l’apparition des émotions et donc de gérer le stress … On est donc à ce stade, au-delà du seuil de tolérance. Si le cheval montre des signes de mal-être, d’agression, de fuite ou de vigilance extrême, le cortisol est déjà entrain d’être libéré et l’apprentissage n’est plus possible, non pérenne.

La montée dans les stades HHA peut être extrêmement rapide et l’impossibilité d’évacuation de la tension (la contention par exemple) passe d’une hyper productivité d’hydrocorticoïdes à la production d’endorphine en grande quantité, on atteint la catalepsie : absence d’activité, de réactivité, de sensibilité. Ceci peut se produire en quelques minutes/secondes.

En revisionnant les vidéos, en les décrivant, et en écrivant cet article, je me fais la réflexion suivante … Elle est quand même « drôle » cette progression de travail. Mettre le cheval en état de stress intense, d’ailleurs à son point le plus haut (vigilance, défense) puis au moment de la désensibilisation, demander nos fameuses cessions de nuque qui entrave quant à elle le cheval dans sa liberté d’action, sa prise de décision autonome.

Malgré encore des observables comportementaux laborieux (fouaillement de queue, oreilles plaquées, nez pincé …) on peut constater sur cette vidéo plus récente, l’impacte d’une tel pratique sur nos chevaux : https://www.youtube.com/watch?v=4FvX7M3fHss

Nous avons là, des chevaux montrant donc des signes d’inconfort et de défense avec l’inhibition des signes de vigilance qui étaient présent dans la première vidéo. Cela ressemble fort à des chevaux apathiques. (Je vous redirige vers Léa Lansade qui a expliqué récemment ce trouble du comportement).

Pour conclure, il est intéressant de constater que toutes les pratiques des « chuchoteurs » (équitation éthologique, Horsemanship & co …) sont basées sur le contrôle des énergies Yang (action, choix autonome) par le biais de l’inhibition de l’action, du renforcement négatif et punition positive, déséquilibrant ainsi toutes ses circulations énergétiques et altérant le bon fonctionnement du Foie, de la Vésicule Biliaire (siège de la colère, la frustration et de l’agressivité – oreilles en arrière, nez pincé, fouaillement de queue) ainsi que l’Estomac (digestion des informations, émotions – résignation, impuissance, ulcères, dépression, inhibition des comportements de vigilance …). Le fameux désengagement des hanches n’en est pas exempt (reculé postérieurs écartés, défenses, queue plaquée, cheval acculé)

Ce que je recherche dans ma pratique, c’est de garder un cheval en champ détendu, qui ne montre aucun signe d’inconfort, de stress, de vigilance ou d’agression. J’utilise plutôt l’habituation aux stimuli, et je ne monte jamais « en phase ». Si mon cheval me stipule qu’il n’a pas compris, je ne redemande pas « plus fort ». Je repars sur un exercice connu et acquis et redemande de façon différente en ayant analysé au préalable ce qui à coincé à la première demande et redéfinir une progression.

Les rares fois où je pourrais être ferme seraient les fois où je suis en danger, ou si mon cheval l’est. Donc s’il prend peur à côté d’une route très passante, voire une autoroute, je ne lâche pas la longe par exemple. En revanche, laisser le cheval s’exprimer, lui apprendre à analyser ses émotions et donc ne pas mettre à mal son amygdale permet de revenir à un état de non tension très rapidement.

Voici pourquoi, suite à cette liste non exhaustive, nous ne pratiquons pas ce genre de méthode. Bien sûr, je suis consciente que le contrôle puisse donner un sentiment et une illusion de sécurité, et je ne juge pas les personnes pratiquants ou enseignants ce type de méthode. J’expose juste leur impact et les raisons de mes choix de me diriger vers d’autres pratiques que celles ci.

J’ai crée cet article, non pas pour créer une polémique, mais pour expliquer aux personnes souhaitant me découvrir, moi, ma pratique, mes chevaux, ma vision du travail en liberté / à pied, du travail du cheval, sa sociabilisation, son éducation, les choix que je fais et surtout pourquoi.

 

Les Sabots Libert’Air.