Les Sabots Libert'Air

# 10 – le TOP 10 des idées pré-conçues qui font bondir !

Le TOP 10 des idées pré-conçues qui font bondir !

Souvent les vieilles idées ont la peau dure et ont pris l’ascenseur, la science et la recherche ayant avancées, les mises à jour, quant à elles, prennent l’escalier. Je vous présente ici le petit Top Ten des idées bien trop souvent prônées qui n’ont plus leur place dans le monde équestre !

1) Mon cheval est dominant avec moi, ou, je dois lui montrer que je suis le dominant.

La dominance est l’accès prioritaire à une ressource (eau, nourriture, abri, partenaires sexuels …).

Ce N’est PAS « prendre le contrôle » d’un autre membre de son groupe social (si tant est qu’il en est un).

Elle ne dépend PAS d’une personnalité et peut être variable en fonction du moment et de la motivation de l’individu voulant accéder à la ressource.

En tant qu’humain, nous ne sommes donc absolument pas en compétition pour l’accès à ces ressources vitales, et même si on essaye très fort de ressembler à un cheval, il nous manque malgré tout quelques détails important pour y arriver (et de taille!).

Si votre cheval vous envahis, vous pousse ou vous montre des signes d’agressions, la théorie et la hiérarchie de dominance n’est pas la solution ; le problème est d’ordre éducationnel. Le respect et le partage de l’espace social n’a rien à voir avec la hiérarchie de dominance. D’ailleurs, « le chasser » va plutôt être délétère à la relation et le partage de l’espace social.

2) Il mâchouille, il a compris !

Le mâchouillement, dans la plupart des cas, c’est-à-dire hors mastication de la ration, intervient lorsque le cheval passe d’une système nerveux autonome sympathique à un système nerveux parasympathique, provoquant la salivation. Lorsque le cheval rencontre une situation de stress, la salivation se stoppe et lorsqu’il se détend, la salivation revient hydrater la bouche et les lèvres.

Force est de constater que si votre cheval mâchouille suite à une demande, un évènement ou un exercice, celui-ci s’est effectué sous tension. A savoir que l’apprentissage n’est pérenne qu’en champ détendu, donc complètement calme et serein.

3) « Cheval qui chie, cheval qui a compris »

Là aussi, il y a méprise. Un cheval qui fait un crottin voire plusieurs crottins lors de séance n’a pas nécessairement compris. Il libère ses intestins pour s’alléger et pouvoir fuir au besoin. Donc hors besoins primaires ou de marquage, le crottin répétitif ou en état de vigilance (debout, immobile, yeux ouverts, encolure relevée, oreilles pointées dans une direction ou en girouette) est un signe de stress et de préparation à une potentielle fuite.

4) Il est détendu, la preuve, il a le postérieur « au repos ».

Dans la série des signes de stress mal interprétés, j’ai nommé « le postérieur au repos », en fait, on devrait plutôt dire « fléchit ». (Je n’ai pas trouvé l’illustration adéquat, il manque à ce cheval l’état de vigilance et la tension de toute la ligne de dessus visible sur l’image précédante !)

Hors repos où la encore, nous retrouverons une encolure basse, un nez et des lèvres/mâchoire détendues, le postérieur fléchit peut lui aussi indiquer une potentielle volonté ou préparation à la fuite. Un cheval qui se prépare à fuir, n’est pas un cheval détendu. Il se prépare simplement à s’appuyer dessus pour pouvoir fuir plus vite grâce à la détente de celui-ci.

5) Il se fou de ma/ta gueule, il sait très bien qu’il n’a pas le droit !

Il manque au cheval des couches de cellules associatives permettant le raisonnement et l’association complexe de cause à effet.

Pour imager grossomodo, un cheval est capable de se dire qu’en urinant sur le foin, l’urine n’éclabousse pas ses membres mais il n’a pas conscience qu’il ne pourra donc pas manger ce foin là. Lorsqu’il viendra à sentir ce foin souillé, il ne le mangera pas mais il ne sera pas capable de faire le lien avec le fait que c’est lui qui a uriné dessus tout à l’heure ou il y a quelques minutes.

Il a une envie, une appétence pour cette envie, un signal déclencheur qui lui indique qu’il va satisfaire son envie, et l’acte consommatoire. Lire l’inné et acquis.

Souvent on entends cette phrase comme si le cheval faisait ou ne faisait pas quelque chose pour « embêter » son cavalier. Comme si nous faisions partie de l’équation. Nous ne sommes pas le nombril du monde et il y a peu de chance qu’on le devienne. La réponse comportemental est donc ailleurs, souvent dans la façon de demander ou par rapport à un évènement ou un environnement.

Prenons l’exemple d’un cheval qui mord et qui se voit affublé d’une punition positive (un coup sur le nez, ou, je l’ai déjà entendu, la morsure retour du cavalier). La prochaine fois qu’il veut réitérer son expérience, il va donc mordre et fuir presque immédiatement la punition qui suit. Il ne se dit pas « c’est interdit, je le fais quand même », il se dit « quand je fais ça, il se produit cela » sans comprendre qu’il n’en a pas le droit, simplement que ce comportement à telle conséquence. A terme, le cheval ne mordra peut être plus, mais on aura inhibé un comportement par le biais d’une punition, un symptôme, mais nous n’auront pas réglé la cause profonde. Le problème ou la demande existera toujours, mais sa communication, sa manière de la formuler aura été inhibée.

6) Il a toujours les oreilles en arrière, c’est naturel chez lui, il est comme ça.

Les oreilles plaquées, alliées très souvent à une crispation du nez et de la mâchoire, sont TOUJOURS signe d’inconfort ou d’une gêne chez le cheval. Donc il n’est certainement pas comme ça, il l’est peut être devenu ou il exprime constamment la même chose mais ce n’est certainement pas son état naturel ni même son envie. Il vous parle.

7) L’étalon est le chef du troupeau et le domine.

La hiérarchie des étalons est indépendante de celles des juments. Il se peut que pour regrouper son groupe social, l’étalon effectue ce qu’on appelle une conduite (Oreilles plaquées, encolure basse, tête dans le prolongement du corps se dirigeant vers un autre membre) par esprit de protection, par exemple pour s’éloigner d’un autre groupe et éviter ainsi des conflits inutiles ou à la vu d’un prédateur. (Les membres isolés étant des cibles faciles)

Ce N’est PAS de la dominance, du contrôle.

De plus, les étalons ou les juments ne peuvent pas être « chef », car le chef est celui qui surveille tout le monde et qui dit quoi faire, où et quand. Les chevaux fonctionnent en réseau, chacun surveille tout le monde. Autant ils savent quelle relation ils entretiennent avec qui, autant ils ne savent pas quels membres entretiennent quelle relation avec tout le monde. Et encore moins quelle place ils occupent dans la hiérarchie de dominance. Cela impliquerait le fait qu’ils puissent faire preuve de « décentration », d’allocentrisme (se mettre à la place de l’autre) et ce n’est pas le cas.

 

8) Mon cheval préfère le box, d’ailleurs il m’attend toujours à l’entrée de son paddock pour rentrer.

Le box est une habitude qu’on leur a apprise, imposée. S’il est en libre service, le cheval peut, pourquoi pas, choisir s’il y entre ou non et cela dépendra des bénéfices qu’il en ressort : Selon les intempéries, les insectes, la chaleur ou fraîcheur, protection et calme lors de la distribution des rations etc … Rien ne nous permet alors de dire que s’il attends a la porte c’est qu’il le préfère, on est sur une habitude, un conditionnement, renforcé bien souvent pas la distribution de foin ou de ration une fois en boxe. Rien ne nous permet de dire aussi qu’il y resterait toute la journée ou toute la nuit, il y resterait peut être que quelques minutes ou quelques heures. Le cheval étant un animal nomade, rester immobile plusieurs heures ne fait pas partie de leur fonctionnement et peut être délétère à leur santé.

9) Il est déconseillé de travailler son cheval dans son pré car c’est là où il mange et se repose, il ne va pas comprendre/accepter/se concentrer.

Le cheval n’est pas un animal territorialiste et le travail du cheval se base surtout sur le partage de l’espace social, donc les interactions en terme de zone de confort, d’occupation d’espace. Le fait de vouloir limiter l’espace tel qu’un manège ou une carrière serait plus de l’ordre de l’humain pour des raisons de contrôle, de sécurité ou de conditionnement. Il peut tout à fait associer cet espace avec quelque chose de positif ou de négatif, d’agréable ou non. Mais il n’est pas rare de voir des chevaux mis en liberté dans les manèges sans pour autant altérer le travail monté dans celui ci. Travailler son cheval au pré peut tout à fait apporter des bénéfices, par exemple, pour un cheval anxieux : il connaît déjà les lieux et il est entouré de son groupe social, cela peut le rassurer.

10) Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises méthodes. Chacun fait ce qu’il veut avec son cheval.

Il existe bel et bien de mauvaises méthodes coercitives fortement dommageable chez le cheval. De même qu’il existe des méthodes de travail respectant la nature du cheval et son bien-être.

Il est vrai que chacun fait ce qu’il veut avec son cheval mais chaque action comporte son lot de conséquence. Il existe des associations et des lois protégeant nos animaux, donc chacun est libre, oui et non.

Cela dépend de la conscience et du bon sens de chacun, nourrit ou non par des apprentissages, des études scientifiques nous guidant de plus en plus vers le bien être animal et des lois en vigueur. Et si elles existent, c’est bien parce que cela s’est déjà vu.

La définition de la maltraitance : La maltraitance est un mauvais traitement (occasionnel, durable ou répété) infligé à une personne (ou un groupe ou animal) que l’on traite avec violence, mépris, ou indignité. La maltraitance implique un rapport de pouvoir ou domination entre l’auteur et la victime, qui est ainsi souvent dépendante et sans défense. Lié à l’abus de pouvoir, la maltraitance a fréquemment des conséquences durables sur la santé non seulement physiologique mais aussi psychique des victimes, dues au traumatisme moral.