Les Sabots Libert'Air

# 09 – Le Stress et ses conséquences

Qu'est ce que le Stress ?

La tension négative du stress met en oeuvre un processus biochimique destructeur de terminaisons sensorielles.

Les capteurs sensoriels sont pourvus de filaments nerveux reliés au cerveau. Selon si ces capteurs sont activés positivement ou négativement, l’organisme va produire plus ou moins de filaments ou les détruire, développant la réceptivité de la sensation si elle est agréable, la neutralisant si elle est désagréable.

Exemple : le contact à la jambe. Si ce contact est ponctuel et progressivement affiné, les capteurs sensoriels de la zone de contact vont se pourvoir de terminaisons nerveuses supplémentaires. Le cheval sera plus réceptif, il développera une grande sensibilité au contact à la jambe. En revanche dans le cas où le contact est perpétuel et fort, ne se rattachant à aucune sensation d’apaisement ou de récompense (si la sollicitation est désagréable voir douloureuse), un processus chimique interne « détruit » les terminaisons nerveuses : insensibilité, il n’y a plus de réponse.

C’est aussi le cas pour toutes les pratiques qui visent à maintenir le cheval face à quelque chose qui l’effraye, jusqu’à l’immobilité, pensant qu’il a « compris » alors qu’on vient juste de détruire des terminaisons nerveuses dans son cerveau. On peut aussi se poser des questions concernant les « leçons de jambe » …

Plus le stress est élevé plus le processus est rapide. (Donc on oublie la fameuse réponse de « c’était pas longtemps, ça va ! » puisqu’ici on parle d’intensité, pas de durée).

Il est intéressant de savoir que l’absence de sollicitation provoque l’étiolement ; le stress : la destruction définitive d’une partie des terminaisons nerveuses. C’est à dire que plus une suite de connexions neuronales est utilisée, plus elle se fortifie. Moins elle est utilisée, plus elle s’étiole et disparaît. Le stress quant à lui détruit définitivement les terminaisons nerveuses, les connexions. Voir l’article sur le cerveau.

Pour comprendre la manifestation du stress chez le cheval, il faut savoir quel est le processus mental suivi lorsqu’il est confronté à un problème .

Les différentes fonctions comportementales

Les différents comportements du cheval sont hiérarchisés en fonction du niveau de stress ou de l’absence de stress. Il a été observé 5 niveaux (de fonctions comportementales finalisées) correspondant chacun à des programmes/solutions selon la situation à laquelle l’animal est confronté. On va donc évidemment retrouver nos fameux besoins fondamentaux, nécessaires au bon équilibre de nos chevaux et voir apparaître des pathologies ou stéréotypies si ces besoins ne sont pas remplis, pour compenser et tenter de rétablir un équilibre.

Niveau le plus élevé : Les FONCTIONS DE SAUVEGARDE (alertes, fuites, agressions)

sont prioritaires devant toutes les autres, elles assurent la sécurité de l’animal, elles laissent peu de place au raisonnement car elles s’effectuent en tension extrême.

Ensuite viennent les FONCTIONS DE RELATIONS (toutes recherches et manifestations des contacts sociaux – parentaux, sexuels, amicaux)

Puis les FONCTIONS DE SUBSISTANCE (recherches de nourriture, d’eau, d’environnement favorable).

Ces 3 niveaux de fonctions satisfaits (sécurité, environnement social, nutrition) vient le niveau des FONCTIONS DE RECUPERATION ( repos éveillé, sommeil léger, profond et paradoxal).

Ces quatre niveaux sont des niveaux primitifs, ils recouvrent en fait les fonctions vitales. Lorsque ces quatre niveaux ne mobilisent pas l’organisme, car les fonctions sont satisfaites, le cheval se trouve alors dans un niveau où sa tension est la plus faible , on appelle ce niveau LE CHAMP DETENDU.

Chaque niveau s’apparente un peu à un « catalogue » de réponses, le fameux répertoire comportemental dont nous parlions dans l’article « L’inné et l’acquis ». Le cheval recherche toujours la solution la plus basse en tension . Lorsqu’il est confronté à un « problème » auquel il ne peut répondre, son stress augmente, il explore ses « programmes » en commençant par le niveau le plus bas de tension. S’il trouve le comportement adapté, il redescend en champ détendu sinon il passe dans le niveau supérieur et son stress continu d’augmenter. Comme s’il montait un escalier, crescendo.

Il passe en quelque sorte d’un état d’alerte bas à des niveaux supérieurs d’alertes, progressivement, dans la mesure où il ne retrouve pas de situation apaisante.

Et alors, que se passe-t-il dans le cerveau lorsque le cheval en vient à explorer ses fonctions de sauvegarde, pallier le plus haut, et lorsqu’il va même au-delà de ce stade ?

Explication BioChimique

Au delà des fonctions de sauvegarde, nous trouvons les stades d’inhibition de l’action cohérente et l’inhibition totale de l’action. Donc on est dans le cas des chevaux rétifs, plantés, incontrôlables, pathologies adaptatives ou destructives.

La situation de stress mobilise l’axe HHA (hypothalamus / hypophyse / amygdo temporal). Il correspond à une « montée en puissance » de la production d’hydrocorticoïde (Hormone corticosurrénale, cortisol). C’est une projection immédiate dans le niveau le plus élevé des fonctions comportementales : LES FONCTIONS DE SAUVEGARDE. La solution terminale d’évacuation du stress est la fuite. Je rappelle au passage que c’est grâce à l’interactivité entre l’hippocampe et l’amygdale que les évènement liés à une réaction émotionnelle s’inscrivent plus facilement et durablement dans la mémoire. L’amygdale étant en charge de l’apparition des émotions et donc de gérer le stress … On est donc à ce stade, au-delà du seuil de tolérance. Si le cheval montre des signes de mal-être, d’agression, de fuite ou de vigilance extrême, le cortisol est déjà entrain d’être libéré et l’apprentissage n’est plus possible, non pérenne.

La montée dans les stades HHA peut être extrêmement rapide et l’impossibilité d’évacuation de la tension (la contention par exemple) passe d’une hyper productivité d’hydrocorticoïdes à la production d’endorphine en grande quantité, on atteint la catalepsie : absence d’activité, de réactivité, de sensibilité. Ceci peut se produire en quelques minutes/secondes. C’est le cas par exemple du « join up », ou d’autres techniques fréquentes et peu recommandée mais pourtant fortement commercialisées …

Exemple : Mon cheval a peur de la bâche, je l’empêche de fuir, il explore alors ses fonctions de sauvegarde sans pouvoir les mettre en action et donc évacuer son stress. On entre alors dans l’inhibition, l’impuissance apprise, la sidération psychique.

Mais ce n’est pas tout, la libération de cortisol dans le sang, donc une dose massive de glucocorticoïdes, abaisse les défenses immunitaires, favorise l’hypertension et les ulcères de l’estomac…

Les neurones rattachés à l’amygdale étant brutalement sollicités, les cellules libèrent alors les radicaux libres, s’attaquent au génome cellulaire et bloquent les enzymes et causent donc des lésions pour finir par détruire les terminaisons sensorielles. Le cheval n’éprouve donc plus d’émotions dues au stress causé et comme son centre de décision comportemental est lié à ses émotions, il ne prend plus de décisions personnelles et répond simplement aux pressions de l’extérieur : il est parfaitement soumis, robotisé.

Contrôle et sécurité, oui, mais à quel prix ? Cela vaut il vraiment la peine ? Est-ce vraiment ce que vous recherchez ? Peut-on vraiment appeler cela de l’harmonie, de la connexion ou encore une relation basée sur du respect ? Existe t il d’autres manières pour dresser et habituer nos chevaux à répondre au mieux aux différents stimuli tout en préservant son équilibre physiologique, psychologique, biomécanique, énergétique et émotionnel ?

Terrain glissant, la porte ouverte aux grandes dérives

Face à une situation de stress, le cheval va explorer très rapidement toutes les fonctions programmées et acquises dont il dispose. Dès qu’il adopte une fonction comportementale qui abaisse son stress, il mémorise et associe le stimuli à la solution pour recouvrer celle-ci dès l’apparition du stimulus. Son objectif est toujours l’absence de stress. D’où l’importance de céder dès les premiers signes/mouvements amenant au résultat, et non pas lorsque le résultat final est obtenu. La progression est donc d’une importance capitale, demandez peu, récompensez beaucoup. C’est là qu’apparaît la notion de timing, souvent méconnu. De plus, si votre cheval en vient à montrer des signes de défense ou d’agression, et que celle ci ont permis de baisser la tension, c’est ce schéma là qui viendra en priorité les prochaines fois.

Si le stimulus persiste, le cerveau détruit les neuro-récepteurs sensibles au stimulus pour évacuer la situation de tension intolérable pour le cheval. Ceci entraîne une absence total de réaction.

Le Champ détendu, ou comment respecter mon cheval

Il s’agit en fait d’activer (tant pour l’homme que pour le cheval !) le circuit de la récompense (production positive d’endomorphines). Ces hormones sont sécrétées chaque fois que quelque chose à bien fonctionné, délivrant ainsi une sensation de plaisir. Elle intervient aussi dans l’attention, l’initiative motrice et le soutien de l’action.

L’équitation ne peut se pratiquer qu’en champ détendu sinon le cheval ne travaille plus pour le cavalier mais pour sa sauvegarde personnelle (défenses).

Dès qu’une incohérence entre le milieu intérieur du cheval et l’environnement qu’il perçoit par tous ses sens, le cheval va donc essayer rétablir l’équilibre pour revenir en champ détendu, on appelle ça l’appétence pour l’état cohérent de moindre tension. Et c’est ici, que tout se joue.

Pour éviter au cheval d’entrer dans ses fonctionnements de sauvegarde ou pire, il est donc préférable d’inciter sans contraindre. De toutes évidences, si le cheval n’exécute pas un mouvement demandé, c’est très certainement qu’il a mal été demandé et que ses sensations ressenties ne sont pas adaptées au résultat désiré.

Inutile donc, d’insister et de s’entêter à vouloir obtenir un mouvement juste par des aides fausses.

Les notions de commandements et d’obéissance n’ayant aucun sens pour des animaux vivants en réseau, inutile de « monter en phase », d’insister ou de rentrer dans un rapport de force car toutes luttes même si elles se terminent sur une « pseudo victoire », enlève de sa fraîcheur au cheval, détériore la relation et cause des dégâts au cerveau limbique. Revenir à un exercice bien maîtrisé et acquis paraît alors tout indiqué pour ensuite redemander différemment pour éviter l’impasse précédente.

C’est ainsi que nous rentrerons dans les notions de théories d’apprentissage, les différents conditionnements ainsi que leurs impacts physiques, physiologiques, psychologiques, émotionnelles ou énergétiques. On parlera ainsi de seuil de tolérance, qui selon la pratique dépasse déjà les fonctions de sauvegarde (phases, contentions, punitions …). Et c’est aussi à cet instant que nous reviendrons sur nos neurones miroirs, les aides des cavaliers, le tact équestre et son rôle dans l’apprentissage de l’équitation. Les « observables », son comportement et ses réactions, nous permettent de voir et comprendre comment se sent le cheval, s’il est détendu ou s’il exprime une gêne ou du mal-être. Je ne peux que vous inviter à vous rapprocher de comportementalistes équins pour vous former à les lire et exercer votre œil quant à l’observation de vos chevaux.

D'un point de vu énergétique

Biochampsdreki

Le stress coupe aussi la circulation énergétique, la respiration et génère une émotion. Elle va envahir l’espace et se transmettre d’un individu à un autre, comme pour prévenir d’un danger.

Les méridiens, circuits énergétiques, vont donc être violemment sollicités et créer des lésions et/ou des zones de fragilités. Comme dans une rivière qui verrait un gros flux d’eau arriver à grandes allures, avec beaucoup de pression, en viendrait invariablement à causer des dégâts sur les berges et pourquoi pas, jusqu’à en dévier son cours.

L’information laissée de cette expérience est appelé « mémoire », elle s’y ancre et bloque la circulation normale de l’énergie. Il est possible de travailler à réparer ou supprimer cette mémoire pour tenter de rééquilibrer la circulation énergétique optimale de l’animal. C’est notamment l’histoire de Jocker que nous vous invitons à découvrir.