Les Sabots Libert'Air

# 07 – L’Inné et l’Acquis

L'Inné et l'Acquis

Comme nous l’avons un peu survolé dans l’article concernant le cerveau, -Article à lire ici- chaque animal possède à la naissance un répertoire un répertoire comportemental propre à son espèce.

C’est une information importante, qu’on verra plus en détail lorsque je parlerais du débourrage puisque monté sur un cheval n’est pas inné. Les chevaux n’ont pas dans le répertoire comportemental le système de portage. Ceux qui leurs montent sur le dos sont dans leur répertoire : les prédateurs. Donc se met en place le mécanisme inné de déclenchement appelé « programme anti-prédateur » (la ruade entre autre!).

Nous n’apprenons pas au cheval à marcher, galoper ou encore à respirer, et nous n’apprenons pas au poisson à nager.

Néanmoins, ces comportements innés ne suffisent pas à assurer l’existence de l’espèce. Parce que c’est bien pour cela, qu’il existe des répertoires comportementaux, pour la subsistance, la survie. Comme une sorte de package leur permettant de survivre selon les circonstances.

Il ne suffit pas au cheval de savoir quoi et quand manger, encore faut il qu’il puisse trouver à se nourrir. Ce dernier paramètre ne peut pas être prévu d’avance puisqu’il dépend de beaucoup de facteurs qu’il est impossible de prédire à l’avance.

Prenons l’exemple de l’eau. On apprend pas à un cheval qu’il faut boire, il tête dès la première heure. Il imitera ensuite les adultes ou les plus vieux que lui à boire de l’eau et cela dépendra donc de l’acquis des plus vieux. Ainsi, il n’est pas rare d’entendre des histoires de chevaux se laissant mourir de soif car ils n’ont jamais eu l’occasion d’apprendre à boire dans un abreuvoir automatique, ou alors l’inverse, ne buvant pas dans la rivière parce qu’il a toujours eu un seau ou un abreuvoir automatique.

J’ai pu observer ce comportement récemment sur des brebis qui venaient de mettre bas, ne sachant se servir d’abreuvoir automatique. Il fallait leur montrer qu’en appuyant dessus, l’eau coulait, puis devait s’habituer au bruit et à la sensation de l’eau qui coule car dans leur pré, c’est une baignoire d’eau ou une rivière.

C’est à cet endroit là, que l’inné et l’acquis se rejoignent et se complètent. Les comportements acquis par l’expérience viennent compléter par l’apprentissage les comportements innés.

Zoom sur le schéma de Lorenz-Craig

– Production endogène d’excitation

– Comportement d’appétence

—Mécanisme inné de déclenchement

—-Acte consommatoire

– Production endogène d’excitation – éprouver une envie

C’est une production automatique d’une envie ou d’une motivation, géré par le système nerveux central, l’hypothalamus. (Chef d’orchestre des comportements primitifs, génère les pulsions et régule les fonctions vitales)

ex : Le cheval éprouve la soif, l’envie de boire.

– Comportement d’appétence – Chercher à satisfaire son envie

C’est la recherche des conditions permettant de satisfaire son envie ou la motivation.

Ex : Le cheval cherche à boire, se déplace à la recherche d’eau.

– Mécanisme inné de déclenchement – Rencontrer un signal déclencheur

C’est la rencontre d’un ou plusieurs signaux qui lui indique qu’il touche à son but. Ce sont des signaux inné, donc qui font parti de son répertoire comportemental qui peuvent être enrichis ou modifiés par les apprentissages.

Ex : Il entend la rivière qui coule, sens la fraîcheur de l’eau ou sait déjà où en trouver. On dit qu’il peut être enrichis ou modifié par l’apprentissage, car s’il n’a jamais connu l’abreuvoir automatique, par exemple, appuyer dessus et lui montrer que l’eau en sort peut permettre au cheval d’apprendre à ce servir de l’abreuvoir. Pareil pour celui qui ne boit pas en rivière, lui mettre son seau dans lequel il a toujours eu l’habitude de boire dans la rivière, lui permet de comprendre qu’il peut boire à même la rivière. Pour autant, ils peuvent apprendre, entre eux, sans l’humain. Par exemple, en s’imitant les uns les autres.

– Acte consommatoire – Satisfaire son envie

C’est l’action qui met fin à la séquence de comportement, le résultat final, la réponse à la production endogène d’excitation. Elle fait tomber les tensions qui ont mené tout le déroulement des mécanismes cités plus haut.

Ex : Le cheval boit.

Pour décrire un comportement complexe, il faut souvent que le cheval explore l’enchaînement successif de plusieurs comportements d’appétence et de signaux déclencheurs pour arriver à l’acte consommatoire final. Par exemple pour le poulain cherchant la mamelle, les débuts sont parfois laborieux, puis deviennent petit à petit plus rapide et facilité par l’apprentissage. C’est alors dans la phase de comportement d’appétence que l’on introduit tout apprentissage et qui permettrais ensuite d’utiliser les capacités du cheval dans le sens que nous le souhaitons … Les neurones miroirs ne seraient-ils donc pas alors un atout majeur à ne pas sous estimer ?

Encore une fois, comme pour la pédagogie appliquée aux cavaliers selon leur niveau, âge, motivation, les chevaux ne font pas exception : « On apprend mieux à qui l’on connaît bien ». Pour éduquer un cheval, il est donc nécessaire de le connaître, lui, ses comportements et ses besoins.