Les Sabots Libert'Air

# 06 – Autisme et Equithérapie

L'Autisme et l'Equithérapie

L’autisme, ou plus généralement le trouble du spectre de l’autisme (TSA), est un trouble du neuro-développement humain caractérisé par des difficultés dans les interactions sociales et la communication, et des comportements et intérêts à caractère restreint, répétitif et stéréotypé. Il existe différents niveaux de sévérité des symptômes, d’où la notion de «spectre». Le diagnostic est indépendant des niveaux langagier et intellectuel de la personne. Les troubles associés sont fréquents.

L’équithérapie permet des réductions cliniquement significatives du handicap dans les domaines de la communication, de la perception, de l’attention et de la régulation des émotions. Elle accroît la volonté, réduit l’hyperactivité et améliore l’intégration sensorielle des personnes autistes. La communauté scientifique s’accorde en 2016 pour conclure qu’elle est la plus efficace des zoothérapies accessibles aux personnes autistes.

L’équithérapie agit sur les plans neuromusculaires, relationnels, perceptifs, attentionnels et émotionnels. Le cheval stimule divers domaines : la communication (rire, parole…), la relation aux autres, le comportement moteur, l’attention, la planification des actions, la conscience du corps, la confiance en soi, la détente, la régulation émotionnelle et le partage des émotions. La relation avec le cheval est très « sensuelle », chargée d’odeurs, de contacts et de sensations diverses, faisant de la séance d’équithérapie une expérience multisensorielle. La stimulation kinesthésique offerte par le cheval est unique au sein des zoothérapies accessibles aux personnes autistes, puisque le cheval (ou le poney) est le seul animal médiateur pouvant l’offrir.

A pied : Les séances d’équithérapie commencent très généralement à pied, et loin de l’animal. La personne autiste crée ensuite un pont émotionnel avec l’animal en le toilettant et en le touchant. Les séances à pied permettent de travailler sur la cognition, l’attention et les compétences sociales

A cheval : Lors des séances montées, le mouvement du cheval permet de travailler sur la mobilité, la motricité, l’équilibre, système de portage et de bercement maternel.

Une prise en charge holistique et pluridisciplinaire !

Lorsqu’on détient un animal comme le cheval, nous ne pouvons pas se référer qu’à soi même. Maintes professionnels du milieu sont absolument indispensables à son bien être. Une pris en charge pluridisciplinaire nous paraît donc être un indispensable d’une prise en charge éthique, responsable et bienveillante.

De la même manière qu’un parent ne remplacera jamais un médecin, qui ne remplacera lui même jamais un dentiste, qui ne remplacera jamais un plombier … Il nous paraît évident de partager nos savoirs et connaissances avec les autres acteurs du monde équestre. Étant tous dans le monde du cheval, nous avons tous nos terrains de prédilections et les connaissances qui s’y rapportent, ou, cas échéant, une simple curiosité ou volonté d’approfondir ses connaissances sur un sujet en particulier.

Les Sabots Libert’Air sont aussi une structure où tous ces corps de métier peuvent venir s’enrichir de ce qu’apporte l’autre et nourrir le projet de sa propre vision.

Le pareur peut venir expliquer la structure du pied, comment la corne pousse,

comment il procède pour parer, comment différencier un pied sain d’un pied malade, quels sont les soins à apporter…

L’ostéopathe peut venir compléter son travail sur toutes les répercussions de ce dernier, expliquer son travail, proposer des étirements faciles pour son propre cheval, parler de bio-mécanique …

Le dentiste viendrait expliquer l’impact du mors dans la bouche du cheval et compléter, approfondir le travail de l’ostéopathe, expliquer la structure dentaire du cheval et les différentes pathologies qu’on peut rencontrer …

Le moniteur pourrait proposer et encadrer des exercices adaptés à chaque cheval en fonction du niveau du cavalier pour travailler de façon cohérente pour la bonne évolution du cheval et l’évolution du tact équestre du cavalier …

Le comportementaliste équin pourrait proposer des séances d’observations, des outils adaptés aux propriétaires, cavaliers ou curieux comment analyser le comportement des chevaux entre eux ou à notre contact …

Le magnétiseur expliquerait comment ressentir et découvrir nos ressentis énergétiques, des exercices simples pour gérer ses émotions que le cheval capte facilement et qui peut entacher la relation …

La Shiatsuki permettrait de compléter cet apport en expliquant les différents méridiens qui circulent dans notre cheval …

Une chose est sûre, nous travaillons tous dans l’idée d’apporter plus de confort et de bien-être à l’animal et nous sommes tous inter-connectés dans notre approche et pratique de l’équitation.

Seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin.

En ce qui concerne la prise en charge d’un public en situation de handicap, c’est pareil !

Un simple moniteur ne peut pas prendre en charge à lui seul la séance d’équitation ou de médiation. Et quand bien même il le pourrait en terme de moyen (cours particulier), cela serait, selon nous, une erreur déplorable.

Un éducateur spécialisé, un psychologue, un psychomotricien, en sommes, une équipe pluridisciplinaire alliée aux connaissances équestre du moniteur peuvent aider la personne à être prise en charge sur les différents aspects de la pathologie de façon holistique, sereine, et surtout pérenne et efficace. Comme vu précédemment, on parle de trouble du spectre de l’autisme (TSA), ce qui signifie que ce handicap peut être bien différent selon la personne et donc des besoins bien spécifiques et individuels, et par voie de fait : une prise en charge adaptée, réfléchie par l’équipe soignante, et mise en place avec le moniteur.

Mon histoire, mon engagement, mes prises de conscience et de position.

Forte d’une expérience antérieur dans un Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique pour des enfants présentant des troubles du comportement, j’ai eu l’occasion de travailler en tant qu’assistante d’éducation dans un institut médico-éducatif, entourée d’une équipe pluridisciplinaire. Instites spécialisées, éducateurs spécialisés, AMP, infirmières, psychiatre, psychologues. Chaque enfant avait un projet personnalisé, chaque éducateur avait des ateliers de prise en charge cohérents et adaptés à chaque enfant et son projet de prise en charge personnel. Nous étions inscrit dans un projet qui était unique en France : nous avions deux classes qui nous étaient destinées ce qui permettait l’inclusion du handicap dans une école primaire, bénéfique pour notre public en situation de handicap, mais aussi pour les enfants scolarisés.

Dans ce type de prise en charge, il est intéressant de passer par un médiateur. L’Art en tout genre (musique, modelage, peinture …), par exemple, permettant ainsi de sortir d’une relation duelle qui est souvent conflictuelle voir inaccessible. Choisir un médiateur qui nous parle, correspond, connaissons, permet d’offrir à ce public un cadre serein dans lequel évoluer.

Cavalière depuis mon plus jeune âge, j’ai alors proposé une prise en charge autour du cheval. J’ai donc écrit mon projet pédagogique et éducatif, épaulée par toute mon équipe. Nous avons donc été visiter mon écurie avec certains de nos patients, alors âgés de 6 à 9 ans.

Malheureusement, les moyens financiers ont été un obstacle majeur dans la réalisation de celui ci.

Lors de cette visite, j’ai été absolument épatée de l’attitude de cet enfant, appelons le « A ».

A à 8 ans, il est diagnostiqué « Autiste réussi », il ne parle pas, ne regarde que très rarement dans les yeux, utilise notre corps comme un outils, ne se sent pas concerné par la plupart des ateliers que nous lui proposons, présente évidemment des stéréotypies et ne rentre pas en contact avec ses camarades. Ce jour là, nous avons découvert un enfant intéressé, curieux, volontaire et … autonome. Si bien qu’il a lui même ouvert la porte d’un boxe pour aller directement au contact du poney, le caresser, poser sa tête sur lui et … a tenté de monter dessus tout seul. Voyant qu’il en éprouvait des difficultés, il est entré en contact avec moi, me plaçant mes mains sous ses bras pour que je l’aide à monter dessus. –

Après l’obtention de mon diplôme de Monitrice d’Equitation, j’étais bien décidé à pouvoir proposer cet accompagnement, et c’est alors que dans mon premier poste, j’ai vu arriver ce groupe d’enfant pour qui j’avais écrit mon projet pédagogique et éducatif, comme par magie ! Quel joie !

Il y avait S, qui passait son temps à imiter sa maman, rejouant tous les schémas et situation qu’elle voyait, on l’a vu auprès des chevaux, devenir une enfant, actrice de son histoire à elle. Puis il y a eu B aussi, il voulait monté à poney, mais au moment de lâcher le sol pour se mettre en selle, une angoisse montait régulièrement. Pendant toute une année, il a brossé, marché, baladé les poneys. Il aidait à la préparation mais monté, ce n’était pas possible. Nous avons imaginé une sorte d’escalier avec les cubes du manège, et avec l’aide d’un suivi avec la psychomotricienne, à l’avant dernière séance, il est monté seul sur son poney. Je me rappelle de cet instant, comme si elle se passait encore là, maintenant … Une fois à cheval, il nous a regardé, et s’est mis à applaudir et rire aux éclats. Quelle émotion … On dit qu’il ne faut pas s’investir émotionnellement, mais nous avions tous les larmes aux yeux, par fierté, bonheur partagé … Tout cela a été possible grâce au suivis de toute l’équipe pluridisciplinaire, moi y compris car je connaissais très bien ce groupe d’enfant pour les avoir suivis en amont dans leur institut en tant qu’assistante d’éducation.

Quant à A, il s’est inscrit pour la première fois dans un emploi du temps, et dans la chronologie des actions à mettre en place : Casque, puis brosses, puis tapis, selle, puis filet et enfin, le moment royal pour lui « monter ! » et ce, de façon autonome !

J’ai vu d’autres groupes, tombés dans une routine, sans suivis, juste parce que c’était une activité, désinvesti. Ca faisait du bien aux jeunes, mais l’équipe d’éducateur n’était jamais les mêmes, il n’y avait pas nécessairement de suivis, de discussion ou d’objectifs personnels à court ou long terme. C’était … une simple balade ou cours, ça n’a clairement pas eu le même impact et donc pas la même évolution.

J’ai aussi eu l’occasion de proposer cette prise en charge avec des enfants présentant des troubles du comportement. C’était plutôt une approche du cheval, à pied. Le groupe avait l’habitude de faire séance d’équitation adaptée dans un autre centre, déjà sensibilisé aux notions de sécurité.

Mes chevaux vivent en troupeau, dans plusieurs hectares. Nous avons été à la rencontre du troupeau, ils ne l’avaient jamais fait. « Tu prends pas de corde, Adeline ? », « – Non, pourquoi faire ? », « – Ben, comment on les oblige à venir ? », « Si ils y ont envie, ils vont venir tout seul, il n’y a pas de raison, on veut tous passer un bon moment ensemble, ils vont nous suivre », « Ils viendront jamais ! ». Je me rappelle de leurs têtes stupéfaits et fiers de voir que les chevaux les suivaient, calmes, intéressés et sensibles.

Cette expérience m’amène donc à une autre forme de médiation avec l’animal. Bien que les bénéfices et biens faits sur le public en situation de handicap ne soient plus à prouver, je pense que la médiation peut aussi avoir un vrai impact sur le développement personnel d’une personne. Que ça soit par l’introspection, la prise de confiance en soi, en l’Autre, la conscience du corps, de sa respiration.

Et nos chevaux dans tout ça ?

Alors que nous savons que nos chevaux sont sensibles et capables de lire nos émotions, micro expressions (même sur photo parait-il), il nous semble important de se poser la question de « comment le cheval vit il ces séances, échanges » et en quoi cela peut il avoir un impact sur son bien-être ?

Étant de vraies éponges émotionnelles, nous défendons l’idée que le cheval doit être absolument libre de venir ou de se soustraire à tout moment de l’activité, d’une part. D’autre part, afin que les attentes de notre clientèle ne soit pas une pression supplémentaire et directement dirigé sur nos chevaux, nous sensibilisons nos cavaliers à se recentrer, à respirer et ramener leur conscience dans leur corps. (Respiration ventrale, gestion émotionnelle, soins énergétiques …). Le cheval étant alors dans un cadre serein, adapté et bienveillant, il en ressort d’autant plus volontaire et nous pouvons facilement le constaté grâce aux observables comportementaux, c’est-à-dire les expressions faciales, comportementales du cheval mais aussi son attitude. C’est bien souvent après ces exercices de recentrage que les chevaux viennent d’eux même au contact.

Lorsque nous aurons la chance de pouvoir ouvrir notre Oasis Equestre « Les Sabots Libert’Air », des créneaux horaires seront réservés spécialement pour accueillir des accompagnements en équitation adaptée. Des séances pensées et adaptées aux pathologies et handicap que toute l’équipe pluridisciplinaire et moi même auront construit ensemble. Parce que c’est en prenant les points forts de chacun que nous pouvons proposer une prise en charge favorable et propice pour la bonne évolution de ce public.