Les Sabots Libert'Air

# 05 – Un centre équestre, c’est quoi ?

Un centre équestre, c'est quoi ?

Cela fait quelques années que nous souhaitons s’installer pour créer notre structure d’accueil « Les Sabots Libert’Air ». Je suis monitrice d’équitation et Jean-Guillaume est magnétiseur, ensemble nous allions l’énergétique à la pratique de l’équitation.

A chaque fois que j’ai du exposer notre projet, en parler ou l’écrire, je peine à dire que je veux monter un centre équestre… Cela fait quelques temps que je voulais écrire à ce sujet, mais les mesures prises ces derniers temps et les retours absolument aberrants que j’ai pu avoir m’y pousse de plus belle…

Les centres équestres, soyons clairs, ont de plus en plus mauvaise presse. Il existe une sorte de clivage entre « les centres équestres ne pensent qu’aux rendements, c’est du travail à la chaine » et « le client qui dit avoir payé et exige son cours monté ».

Alors j’ai du mal à m’inscrire là dedans, à trouver ma place pour différentes raisons. (Evidemment, il y a des exceptions ! Dieu merci !!)

Pour moi, et c’est mon avis personnel, un centre équestre agit sur différents pôles :

– Les chevaux : leurs bien-être, leurs besoins fondamentaux, leurs locomotions et équilibres (physique, mental, physiologique, énergétique, émotionnel …)

– La clientèle : L’accueil, une structure adaptée, le matériel adapté …

Et SURTOUT ce qui lie ces deux pôles : la PEDAGOGIE.

Qu'est ce que la Pédagogie, alors ?

Définition : La pédagogie (du grec παιδαγωγία, direction ou éducation des enfants) désigne l’art de transmettre une compétence. Le terme rassemble les méthodes et pratiques d’enseignement requises pour transmettre un savoir (connaissances), un savoir-faire (capacités) ou un savoir-être (attitudes).

Selon moi, nous manquons de pédagogie. Et c’est très triste parce que ça veut dire qu’il nous manque soit des connaissances, des capacités, des attitudes et parfois même des moyens et / ou des structures permettant la mise en place de tout cela.

Combien de fois ai-je entendu qu’un moniteur d’équitation était un animateur mais un mauvais cavalier ou alors l’inverse, un bon cavalier mais un mauvais enseignant ? Combien de fois me suis-je confronté à des dirigeants me demandant de revoir à la baisse mes exigences, ma passion, ma vocation parce que la clientèle voulait ceci ou cela ?

Reprenons, point par point, et voyons ensemble dans quelle incohérence je navigue, que je sois au contact des gérants ou de mes clients. Je me base, encore une fois, sur des expériences personnelles, vécues ou entendues, et ce, que ça soit dans le cycle de la formation, ou en tant que salariée ou encore en tant qu’indépendante … Je ne fais pas de mon cas une généralité, et je remercie toutes ces belles personnes, compétentes, qui m’ont permis de voir autre chose et de garder espoir pour une évolution de la pratique, du milieu équestre et de la pédagogie adaptée. (Mais honnêtement, ces gens là, je les ai trouvé très rare sur mon chemin!)

Je vais essayer d’être claire et concise, car pour moi, chaque pôle agit sur un autre, c’est un cercle vertueux, qui devient vicieux quand l’un est enrayé.

Comment apprendre à mes cavaliers à lire les observables et donc la façon de communiquer de son cheval, si moi même je ne suis pas au courant et pire encore si je m’appuie sur des idées reçues … mais fausses !? Comment apprendre la biomécanique à mon cavalier si, moi-même, je n’ai que des bases abstraites ?
Le lien entre un cavalier et un cheval, on parle bien de « relation Homme / Cheval », on parle d’un échange fragile, puissant et sacré. Un bon moniteur devrait être en mesure d’analyser cet échange, ce lien, et de vous permettre d’harmoniser et d’évoluer cette relation vers un mieux être et la légèreté. Si le moniteur vient à mettre de côté l’une des parties, l’un des piliers, il me parait vraiment difficile de trouver l’équilibre tant recherché.

La Formation, ou le Formatage...

En formation, on nous apprend à être de bons pédagogues. On nous apprend les différentes méthodes et pratiques d’enseignement, pour pouvoir l’adapter, selon la personnalité, la motivation et évidemment, selon les différents publics. On apprend mieux à qui l’on connaît bien.

Mais aussi, la manière de positionner nos cavaliers, du plus petit au plus grand, c’est-à-dire tout petit, enfant, ado, adulte, du débutant au cavalier confirmé, comment observer, comment modifier cela.
Bien sûr, des cours de biomécanique, de physiologie, pour pouvoir observer et agir rapidement si nous décelons un problème sur notre cavalerie, ça va de soi.

Selon les modules, j’ai été formé aussi à la progression du travail du jeune cheval ainsi qu’à l’accueil et l’enseignement du public en situation de handicap. J’ai du oublié au passage, les cours sur la sécurité et les responsabilités / assurances mais dans l’ensemble, on doit pas être loin du programme.

Bon, ça c’était sur le papier. Pour la mise en pratique de l’accueil du publique en situation de handicap, ils ont donné des granulés « magiques » … Oui, oui, des granulés sédatifs pour éviter qu’ils soient trop chauds … Bien sûr, je n’aurais pas dû le voir, mais j’ai vu. Pendant que mes collègues étaient plus occupé à passer le temps, bronzer sur la pelouse que les chevaux ne connaissaient pas, moi, je faisais du bénévolat. J’étais tellement contente de cet évènement… Alors que j’étais en encadrement avec l’un de ses chevaux et une personne atteinte d’un fort handicap moteur, je me suis demandée qui je devais tenir le plus, mon cavalier ou le cheval qui était totalement shooté et qui peinait à tenir sur ses membres. Elle est où, ma responsabilité ? Ma conscience ? Elle est où, la leur ?!

Oui, j’ai aussi monté leurs chevaux complètement boiteux en m’entendant dire que « trotte, ça va passer », ou même celle atteinte d’une tumeur qui saignait régulièrement du nez et qui est décédée 3 mois après. Oui, j’ai participé bien malgré moi au barrage de merens de 4 ans destiné au club, infiltrés les jours suivant parce qu’on les a mis sur un tour d’obstacle de concours alors qu’ils n’avaient jamais sauté en carrière, et jamais d’obstacles isolés … Oui, sur 50 personnes présentes, je suis la seule à avoir su garder mon esprit critique et me soulever devant cette injustice. Et … croyez moi, le jugement de 50 personnes devant vous, en hauteur qui plus est, ça vous demande un peu d’ancrage et de confiance en soi surtout quand elles vous humilient salement parce que eux … ils savent.

Oui, j’ai monté leurs chevaux, sans mortaises dans un cross de mâchefer détrempé, me fauchant à l’abord d’un obstacle « c’est pas grave, recommence » alors oui, leur cours sur la sécurité était bien, mais la mise en pratique, c’était pas encore ça.

En fait, nous sommes bien formés, sauf qu’ils appliquent vraiment pas nécessairement sur le terrain ce qu’ils nous enseignent. 

Les gérants

J’ai roulé ma bosse dans d’autres centres équestres depuis ma formation, et c’est là que tu te rends compte…. J’ai vu … J’ai vu ce que je n’aurais jamais cru sinon … J’ai vu ces chevaux dont on ne compte plus les différentes stéréotypies permettant d’évacuer stress et mal être, ces colliques à répétition, ces chevaux enfermés 23h/24 en box, ces entiers sortant que 20 à 30 min en marcheur et juste dans un sens en plus, juste pour alléger la conscience du cavalier … Ces poneys jamais travaillé par le moniteur, attaché du mors à la selle par des ficelles à balots « pour éviter qu’ils baissent la tête », et personne qui se demande « pourquoi il baisse la tête pompon ? » …

J’ai vu ces gérants ne rien savoir au système digestif des chevaux, et l’inculquer à d’autres… J’ai vu ces gérants intervenir pendant le cours de leur moniteur, et changer totalement l’objectif de séance, marchant ainsi sur le respect et la crédibilité du moniteur pour … leur apprendre des conneries en plus.

Je l’ai vécu, cette randonnée prévue sur la demi journée, sous des trombes d’eau, où les chevaux se mettaient d’eux même dos au vent et à la pluie, refusant d’avancer avec interdiction de revenir aux écuries avant une certaine heure à l’extérieur parce que « les clients avaient payé » (alors qu’ils me demandaient tous de rentrer, eux aussi …). Ou alors celle où j’ai été guidé par une de mes cavalières parce que ces gérants ont refusé que je parte seule en exploration et refusant aussi de m’y accompagner parce que « la flemme », celle ci même a qui on a fermé l’accès à ses cours car elle a refusé de travailler pour 35h minimum, payé 20h. Je les ai vu ces emplois du temps absolument merdique où pompon fait 4h de cours le matin, 5 l’après-midi… Ces jours où tu te creuses la tête pour aménager tes journées rush comme celle ci pour pas leur tirer sur la couane, des fois doucement au début, plus sport ensuite et inversement. Ce poulain de 3 ans débourré depuis 4 mois à qui on colle des heures de haute école juste parce qu’il est gentil, docile … Qui ne comprend pas ce qu’on lui demande quand on lui demande de partir à faux sur la piste alors que dans ta progression, il a enfin appris à y partir à juste un jour avant … Je les ai vu, ces gérants, venir en claquettes, vernis fraîchement étalé sur les orteils, te demandant de curer une écurie de 25 têtes en 1h seule, à la main, à la brouette, dans des sols boueux.

Je t’ai vu, m’ordonner de desseller ce poney et le faire galoper comme un perdu dans le rond de longe, ce qu’on appelle communément « join up » parce qu’il a évacuer de la tension accumulé ou qu’il avait certainement mal au dos … Je t’ai vu les yeux injectés de sang devant les clients quand j’ai refusé de le faire, et donc le faire à ma place, nous montrons à tous « comment on montre qui commande ici, qui est le chef ».

Moniteurs

Je vous ai vu, perdre patience, hurler sur des enfants qui ne comprennent même pas ce que vous leur voulez juste parce que VOTRE pédagogie n’est pas adaptée, vos chevaux / poneys pas travaillés. Je vous ai vu les humilier tout en leur donnant des directives complètement incohérentes ou même carrément inexistantes. Je vous ai vu, assis dans un coin du manège, à fumer votre clope, complètement désinvesti de votre mission, de votre vocation … Je vous ai vu mettre vos chevaux et vos cavaliers en difficultés justement parce que vous ne savez pas installer une ligne d’obstacle convenablement et trouver un coupable est bien plus facile … Je vous ai vu, vous marrer et être content d’une chute, vous moquer d’un cavalier en pleur parce qu’il n’a pas confiance en son cheval, en lui ou même en vous. Je vous ai vu faire mourir mon métier, et mon dieu que ça m’atteint …

Je vous ai vu mettre toujours la même cavalière sur les poneys et chevaux les plus difficiles, parce que au moins, elle, quand elle tombe, elle pleure pas, elle remonte. Je t’ai vu, moniteur, monitrice, avoir du temps pour monter à cheval, et choisir celui « qui va bien », pour te faire plaisir, et pas choisir celui qui avait besoin de travail. Je t’ai vu monter le cheval « qui fait chier » et lui faire vivre la pire heure de toute sa carrière parce que tu te rends compte que finalement, c’était peut être pas entièrement la faute de ton cavalier… Je t’ai entendu hurler de donner des coups de cravache, faire croire à ton cavalier que son cheval était entrain de « se foutre de sa gueule » … je t’ai vu marcher sur mon métier, sur ma passion, sans honte, sans doute, sans vergogne.

Cavaliers, Propriétaires

Je t’ai vu aussi, petite cavalière à shetland, retrouver confiance à mes côtés, tu partais de loin, tu ne voulais même plus les approcher, pour toutes les raisons que j’ai cité plus haut. Je te revois, en fin d’année, galoper à cru me criant de te lâcher parce que tu voulais le faire seule. Quelle chance d’avoir vécu ça ensemble, quelle fierté.

Je t’ai vu, petite louloute, fondre en larme parce que tu trouvais enfin quelqu’un qui te parlais, t’écoutais, t’expliquais les choses et que, toi aussi, tu t’es rendu compte que c’était une denrée rare.

Je vous vois évoluer chers cavaliers, chers propriétaires, et c’est toujours un régal de partager ces instants avec vous.

Néanmoins, je vous vois aussi, sur les réseaux sociaux, cherchant des réponses, des méthodes sur Facebook ou YouTube, pensant que cela peut être gage d’enseignement… Je vous vois imaginer que vous puissiez apprendre par quelques commentaires « comment débourrer mon cheval », « Quels sont les exercices pour muscler mon cheval » ou pire encore « Quels sont les enrênements qui musclerait mon cheval », et je vois vos réponses, qui m’effrayent vraiment parfois « Mais voyons, mon cheval coûte cher, je ne peux pas le mettre en pâture ! Il n’a pas les mêmes besoins que les autres ! », « Votre cheval ne revient pas vers vous au pré, privez le d’eau ! il reviendra ! »… Ce ne sont que des exemples, je songe à faire une liste des plus grosses absurditées que nous croisons tous les jours …

Pensez-vous que nous formerions (comme on peut) des professionnels si en fait il suffisait de regarder des vidéos ? Et comment vous en vouloir si, vous aussi, vous avez vu tout ça ? Si les professionnels qui vous entoure ne répondent pas à vos envies, besoins, ambitions, questions ?

Comment vous en vouloir de pas comprendre qu’un cheval a besoin d’espace, de manger et de copains, si personne ne vous l’apprend dès le départ ? Pourquoi ce ne sont pas les premières leçons que nous vous apprenons ? Pourquoi un cours d’équitation se passe nécessairement monté alors que vous êtes tellement à vouloir travailler à pied, à ne pas savoir comment faire, ni comment lire les observables de votre cheval (car c’est bel et bien comme cela qu’il vous parle) et à vous tourner vers des méthodes plutôt qu’en se basant sur de vrais apports scientifiques et comportementaux.

Les centres équestres, c’est l’endroit où VOUS allez au moins une fois, parce que le cheval vous attire, que vous avez envie d’essayer ou que votre enfant ou membre de votre famille veut en faire, ou peut être même qu’il en fait déjà … C’est là bas qu’on apprend, qu’on prend des cours, qu’on se forme. C’est là bas, où des moniteurs, sortis de formation, vont enseigner et recracher (ou pas) tous le ramassis de connerie qu’on leur a inculqué. (de gré ou de force)

Je remercie ma monitrice, et qui était aussi une de mes patronnes, qui m’a accueilli, consolé, formé (pour de vrai) et qui m’a permis de finir ce massacre de formation. Qui m’a partagé sa passion, sa vocation, qui m’a appris à observer, sentir, ressentir … Une femme de cheval, moi, j’ai eu la chance d’en connaître une. J’ai eu cette chance, que d’autres n’ont pas eu, ou alors pas encore. Je vous souhaite de connaître ça. Cette personne en qui tu as tellement confiance, qu’elle te fait sauter plus d’un mètre sans que tu t’en rende compte, juste parce qu’il y a cette alchimie et cette confiance absolue, ce professionnalisme sans faille.

Je fais ce métier et j’en suis fière. Non seulement par ce qu’elle m’a inspiré, apporté mais aussi parce que c’est la meilleure manière que j’ai trouvé d’apporter ce que je suis au monde, en restant moi, au plus près de mes valeurs. Alors ouvrir un centre équestre comme je les ai vu, non, jamais.

Nous ouvrirons la structure qui nous ressemble, une oasis équestre, un monde où chevaux, poneys et clients seront entendus et respectés. Un endroit d’accueil et de partage avec une réelle qualité d’enseignement. Et oui, il y aura sûrement des cours simplement théoriques, d’observations ou de travail à pied parce que le monde en manque cruellement et que c’est notre devoir de professionnels de mettre ça à porter du public. Non, pompon n’est pas bon qu’à être monté, il a le droit d’être compris aussi et croyez moi, ils ont maintes choses à nous dire et à nous apprendre.